Une source précieuse pour l’étude d’une guérilla de droite : les Cadernos de Gorongosa de la Renamo (Mozambique, 1983-1985)

Uma fonte preciosa para o estudo de uma guerrilha de direita: os “Cadernos de Gorongosa” da Renamo (Moçambique, 1983-1985)

A Valuable Source for the Study of a Right-wing Guerrilla: The Cadernos de Gorongosa of Renamo (Mozambique, 1983–1985)

Michel Cahen

p. 143-166

References

Cahen, Michel. 2021. “Une source précieuse pour l’étude d’une guérilla de droite : les Cadernos de Gorongosa de la Renamo (Mozambique, 1983-1985)”. Sources. Materials & Fieldwork in African Studies no. 2: 143-166. https://www.sources-journal.org/386

Le 28 août 1985, le quartier général de la guérilla « anti-marxiste » mozambicaine (Resistência Nacional de Moçambique, Renamo) fut pris d’assaut par les forces zimbabwéennes et celles du gouvernement mozambicain. La Renamo avait pu évacuer la base mais y perdit une partie de ses archives, dont ce qui fut plus tard connu comme les Cadernos de Gorongosa (Cahiers de Gorongosa). Les services de sécurité du gouvernement mozambicain s’empressèrent de les étudier pour prouver que, malgré les Accords de Nkomati (1984), l’Afrique du Sud continuait à appuyer la rébellion mozambicaine.
L’auteur a pu travailler dans une partie de ces Cadernos, formés de milliers de messages manuscrits – des transcriptions décodées des communications entre le commandement en chef et les groupes régionaux et locaux de la guérilla. Cela permet ainsi d’étudier la vie quotidienne de cette « guérilla de droite ». L’article reproduit quelques-uns de ces messages, qui sont aujourd’hui consultables à Lisbonne.

A 28 de Agosto de 1985, o quartel-geral do grupo guerrilheiro “anti-marxista” moçambicano (Resistência Nacional de Moçambique, Renamo) foi invadido pelas forças governamentais do Zimbabué e de Moçambique. A Renamo conseguiu evacuar a base mas perdeu parte dos seus arquivos, incluindo o que mais tarde ficou conhecido como os Cadernos da Gorongosa. Os serviços de segurança do governo moçambicano foram rápidos a estudá-los para provar que apesar dos Acordos de Nkomati (1984), a África do Sul continuava a apoiar a rebelião moçambicana.
O autor pôde trabalhar com alguns destes Cadernos, constituídos por milhares de mensagens manuscritas –  transcrições descodificadas das comunicações entre o comandante-chefe e grupos de guerrilha regionais e locais. Isto permite estudar a vida quotidiana desta “guerrilha de direita”. O artigo reproduz algumas destas mensagens, que estão agora disponíveis para consulta em Lisboa.

On August 28, 1985, the headquarters of the “anti-Marxist” Mozambican guerrilla group (Resistência Nacional de Moçambique, Renamo) was stormed by Zimbabwean and Mozambican government forces. Renamo was able to evacuate the base but lost part of its archives, including what later became known as the Cadernos de Gorongosa (i.e. the Gorongosa Notebooks). The Mozambican government security services were quick to study them to prove that, despite the Nkomati Accords (1984), South Africa kept on supporting the Mozambican rebellion. The author was able to work through some of these Cadernos, consisting of thousands of handwritten messages—these were decoded transcripts of communications between the commander-in-chief and regional and local guerrilla groups. This makes it possible to study the daily life of this “right-wing guerrilla.” The article reproduces some of these messages, which are now available for consultation in Lisbon.

Collection des données liées à cet article : https://nakala.fr/collection/11280/5639909b
La collection rassemble les fac-similés, les transcriptions et les traductions en français.
Inventaire du fonds « Cadernos da Gorongosa » : Arquivo de História Social, Instituto de Ciências Sociais da Universidade de Lisboa.
http://www.ahsocial.ics.ulisboa.pt/atom/cadernos-da-gorongosa

La Résistance nationale du Mozambique (Renamo ou RNM) fut un groupe armé appuyé par les régimes rhodésien et sud-africain d’apartheid, qui combattit, de 1977 à 1992, le régime « marxiste-léniniste » du Front de libération du Mozambique (Frelimo) au pouvoir à Maputo depuis 1975. La Renamo est aujourd’hui le principal parti d’opposition.

Le 28 août 1985, le quartier général de la rébellion Renamo situé au lieu-dit Casa Banana fut attaqué par les forces zimbabwéennes et celles du gouvernement mozambicain. La Casa Banana était située à l’est de la Serra de Gorongosa, à l’extrême nord du parc national de même nom, dans le centre du Mozambique. La Renamo, prévenue de l’attaque du Frelimo, avait pu évacuer la base en urgence, mais une partie du matériel militaire lourd qui avait été pris au gouvernement y fut laissée. Si Samora Machel, Président de la République populaire du Mozambique et du Frelimo, déclara alors : « Nous avons brisé la colonne vertébrale du serpent », ce ne fut pourtant pas une défaite militaire importante. D’ailleurs, la Casa Banana fut réoccupée quelques mois plus tard par la Renamo.

Au-delà du matériel lourd abandonné, une partie des archives resta aussi sur place – notamment les Cadernos de Gorongosa (« Cahiers de Gorongosa1 »). Les services de sécurité du gouvernement mozambicain s’empressèrent de s’en emparer afin de les étudier2. En effet, ces événements eurent lieu quelques mois après l’Accord de non-agression et bon voisinage avec l’Afrique du Sud, plus connu sous le nom d’Accord de Nkomati, signé le 4 octobre 19843. Cet accord prévoyait en principe que le gouvernement mozambicain cessât d’appuyer l’opposition sud-africaine de l’African National Congress (ANC). En échange, le gouvernement d’Afrique du Sud cesserait, de son côté, d’appuyer la Renamo. Le gouvernement mozambicain voulait ainsi prouver que le régime d’apartheid continuait clandestinement, mais activement, à appuyer la Renamo, en fournissant du matériel militaire et non militaire.

Rapidement, le gouvernement publia des extraits des pièces d’archives de la Renamo qui avait été saisies : celles-ci confirmaient sans doute aucun que l’Afrique du Sud continuait à intervenir dans la vie du groupe rebelle, prouvant qu’elle ne respectait pas l’Accord de Nkomati. Immédiatement, Afonso Dhlakama, commandant-en-chef de la Renamo, rétorqua qu’il s’agissait de faux forgés par le SNASP4. D’une certaine manière, il avait raison : comme le titre même l’indiquait, Documentos da Gorongosa: extractos, il s’agissait d’« extraits », mais d’extraits soigneusement choisis dans le but de prouver le soutien sud-africain persistant à la Renamo. La « concentration », dans ces extraits, de tout ce qui évoquait l’Afrique du Sud créait ainsi l’impression que ce pays avait une présence presque quotidienne dans la vie de la guérilla, et qu’ainsi cette dernière n’était autre que le « bras régional armé de l’apartheid », c’est-à-dire un phénomène non politique et de type mercenaire – d’où l’expression officielle de « bandits armés » ou « BA » utilisée depuis 1980.

La continuation de l’appui sud-africain après Nkomati, à échelle plus réduite mais d’autant plus précieuse pour la Renamo, ne me semble pas pouvoir être contestée5. Cependant, tant avant qu’après Nkomati, il ne s’est jamais agi d’un appui du type de celui que l’armée sud-africaine offrait à l’Unita en Angola6. Dans le cas angolais, l’Afrique du Sud voulait vraiment vaincre le MPLA, considéré comme communiste en raison de la présence de troupes cubaines, et à cause de la Namibie occupée dont le mouvement de libération, la SWAPO7, était appuyé par le MPLA. Mais le régime d’apartheid ne voulut jamais vaincre le Frelimo : il cherchait seulement à l’obliger à changer et à cesser son appui à l’ANC. L’armée sud-africaine n’appuya ainsi jamais la Renamo, à l’inverse de ce qu’elle fit pour l’Unita. Ce fut la tâche des services secrets, par une « guerre bon marché » (en comparaison de la « guerre chère » d’Angola), qui exclut toujours l’envoi de matériel militaire lourd.

En réalité, quand on étudie de près les Cadernos de Gorongosa (1983-1985), au long de centaines et centaines de pages, et non seulement les extraits publiés par le gouvernement, l’Afrique du Sud est rarement mentionnée, parfois référencée simplement par l’expression « l’extérieur » (qui peut aussi renvoyer au Malawi). Il n’y a pas de Sud-Africains dans le quotidien des guérilleros de la Renamo et, très probablement, ces guérilleros, pour la plupart – en particulier ceux qui n’étaient pas dans la Casa Banana ou dans d’autres bases centrales de la Serra de Gorongosa, c’est-à-dire la grande majorité –, ne virent aucun Sud-Africain lors de leurs années de guerre. Les armes devaient principalement être prises à l’ennemi parce que l’armement « venu de l’extérieur » était trop maigre.

Mais je n’ai aucun doute que, si les « extraits » peuvent être qualifiés de « faux » dans la mesure où il s’agissait d’une sélection et d’un montage concentrant en un peu plus de 200 pages les mentions relatives à l’Afrique du Sud, donnant ainsi l’impression d’une présence permanente du régime de l’apartheid auprès de la guérilla, les Cadernos eux-mêmes sont des documents authentiques. Ils contiennent tant d’éléments que même le meilleur service secret du monde n’aurait pu les forger, sans parler du fait qu’auraient pour cela été nécessaires des années de travail à la rentabilité douteuse (qui allait lire, des années après, des dizaines et des dizaines de ces faux cahiers ?). Et pour la même raison, ils sont une mine pour le chercheur.

Document 1. Couverture d’un des Cadernos

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Livro de registo para G[rupo] C[oordenador] Sul, assim como 2a Zona Sul começado em 15/11/84. [Livre de registre du G[roupe] C[oordinateur] Sud, ainsi que de la 2e Zone Sud, commencé le 15/11/84.]

Identifiant permanent : https://doi.org/11280/f5aa374e

Combien de Cadernos da Gorongosa furent pris par les forces gouvernementales ? La question est importante, mais je n’en tiens pas la réponse : cinquante, une centaine, deux cents ? Il s’agissait de cahiers de papier, de forte reliure, du type que l’on pouvait acheter (et on le peut encore aujourd’hui) en Afrique du Sud (voir document 1). Il y avait aussi quelques manuels militaires, avec une couverture Renamo mais qui, en réalité, étaient des copies de manuels portugais. Et où sont allés ces Cadernos ? Je n’ai pas réussi à les localiser. Mais il serait très important de les sauvegarder dans une institution archivistique.

En effet, ces Cadernos sont une source majeure pour l’histoire du temps présent. Ils sont composés, fondamentalement, de milliers de copies manuscrites de messages radio décodés (voir document 2), échangés entre les groupes locaux de la Renamo et leur état-major général, ou de ce dernier pour les premiers. Il y a aussi quelques liasses de feuilles dactylographiées. Le grand intérêt réside dans le fait qu’il s’agit de textes internes, qui n’étaient pas destinés à être publiés ou même vus par des personnes extérieures, et de ce fait ne jetaient pas de la poudre aux yeux ; au contraire, ils recouraient au vocabulaire spontané des cadres de la Renamo, reflétant leur éthos militaire, leurs valeurs mais aussi leurs préoccupations et leurs craintes en contexte de lutte. Ils ne cachaient pas les difficultés parce que l’état-major général de la guérilla avait besoin de connaître la situation réelle. Il est rare de pouvoir étudier ainsi une guérilla.

Document 2. Exercice de décodage

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Identifiant permanent : https://doi.org/11280/595a08db.

Pour des raisons qui ne peuvent être révélées, j’ai eu la possibilité d’étudier certains des Cadernos, qui furent « déviés » du lot complet par un individu au service d’un gouvernement étranger (pas le gouvernement français) qui voulait les consulter. Bien sûr, il ne s’agit que d’une partie, mais elle fut suffisante pour illustrer l’extraordinaire richesse documentaire du tout, si un jour les Cadernos venaient à réapparaître. Dans ce cas, il serait possible de créer une importante base de données sur la Renamo dans les années 1983-1985, avec sa structuration, son personnel, sa géographie militaire détaillée, les combats, le matériel, la psychologie, etc.

Au total, j’ai étudié 3 401 messages. Une grande difficulté, pas totalement dépassée, fut la localisation précise des événements. Les messages incluent toujours des noms d’aires et de petites localités, mais celles-ci ne figurent souvent sur aucune carte. Cependant, j’ai utilisé divers instruments qui me permirent de réaliser une géographie approximative des grandes zones provinciales, des régions, des secteurs et des zones locales de la Renamo. Un autre problème fut l’orthographe différente d’une même localité selon les messages, parfois facile à résoudre (Nhamatope/Inhamatope, Bomba/Bamba), mais d’autres fois difficile ou même impossible. Il faut ajouter encore que les noms de quelques localités sont simplement illisibles ou, s’ils sont lisibles, peuvent avoir été mal décodés. Quand les coordonnées de longitude et latitude sont données, elles ne sont pas toujours correctes (de nombreuses coordonnées indiquaient un point en plein milieu de l’océan Indien !), et peuvent enfin être différentes selon les messages pour un même lieu, ou être décodées de manière erronée.

Une autre difficulté fut de comprendre qui étaient les auteurs des messages : parfois, c’était facile, un nom étant suivi de sa fonction (par exemple : « Amade Viagem, chef national R[adio] T[ransmission] »). Mais j’ai mis du temps à comprendre, puis à confirmer, que « Zacarias Pedro » n’était autre qu’un pseudonyme d’Afonso Dhlakama (le commandant-en-chef) et que, bien souvent, les messages envoyés au « DD » (Département de la Défense) ou à l’EMG (état-major général) étaient en réalité également envoyés à Afonso Dhlakama en personne.

Enfin, la documentation trouvée sur les régions militaires de la Renamo est très inégale dans la fraction des Cadernos da Gorongosa que j’ai pu consulter : par chance, certaines sont vraiment bien décrites, mais d’autres sont presque absentes.

Le dépouillement de ces 3 401 messages, dans leur grande majorité manuscrits, fut long et pénible, mais très riche dans la mesure où, de manière très dispersée mais faisant sens globalement, ils fournissent des informations sur les lieux d’implantation de la Renamo, la structuration et l’équipement militaire, la hiérarchie, la nature et la durée des combats, sur la « bataille pour la population » en vue de son contrôle par les deux camps en guerre, sur les recrutements volontaires ou contraints et sur les désertions, les blessés et les morts au combat ou de maladie, sur la centralisation des marchandises et la répression du marché noir au sein de la guérilla, sur les écoles et les hôpitaux en zone Renamo, sur la sorcellerie, les relations avec les civils et avec les milices (mudjibas), les relations sexuelles, la psychologie des combattants, etc. Ce ne sont pas les « éléments » (c’est-à-dire les simples soldats) qui ont la parole dans les Cadernos, mais les divers niveaux de la hiérarchie, depuis le commandant-en-chef ou un général d’un grand groupe coordinateur provincial ou de région, jusqu’à, rarement, un humble chef de zone locale.

Quelques messages sont reproduits ici pour que le lecteur voie de quoi il s’agit. Cependant, comme on pourra le constater, ils sont parfois de mauvaise qualité. Cela n’est pas dû à une numérisation déficiente : les messages étaient parfois écrits au crayon à papier clair sur une page blanche, car la guérilla manquait de stylos.

La documentation à laquelle j’ai eu accès pourrait-elle être déséquilibrée ? J’ai dit que les extraits publiés par le gouvernement du Frelimo sont issus d’une sélection soigneusement faite pour survaloriser la présence de l’Afrique du Sud dans le quotidien de la rébellion et ainsi la délégitimer. Mais comment peut-on être sûr que les cahiers « détournés » que j’ai pu consulter n’ont pas suivi une sélection inverse ? C’est extrêmement improbable : le détournement fut fait avec précipitation et donc sans aucun temps pour une sélection, les cahiers détournés sont très hétérogènes et, du reste, l’« extérieur » (Afrique du Sud et Malawi) y apparaît bien de temps à autre. Et, argument ex post, ces cahiers n’ont jamais été utilisés pour prouver la thèse contraire, à savoir que la Renamo n’aurait eu que peu de relations avec l’Afrique du Sud. La constatation factuelle est donc que tel ne fut pas l’objet du détournement – comme je l’ai dit, il s’agissait de savoir de quoi il s’agissait, ce qu’était la Renamo : c’était un objectif de pure intelligence.

Un aspect éthique doit également être mis en avant. Écrire un livre sur la base d’une documentation d’archives à laquelle personne d’autre n’avait eu et n’aurait accès à moyen terme est méthodologiquement et éthiquement problématique. Dans toutes les sciences (non seulement les sciences sociales), une règle de base est la possibilité de reproduire la recherche / l’expérience. Ici, ce fut une recherche solitaire et confidentielle. Aurais-je dû pour cela abandonner ou retarder l’exploitation et la publication de cette richissime documentation ? J’ai choisi de poursuivre. Cependant, dès que j’eus achevé l’analyse des documents, je me suis efforcé d’organiser leur transfert dans une institution d’archives apte à sauvegarder et à valoriser le fonds : après diverses vicissitudes, les Cadernos furent déposés à l’Archive d’histoire sociale de l’Institut des sciences sociales de l’Université de Lisbonne. On peut espérer qu’ils seront rapidement disponibles en ligne8.

Par ailleurs, j’avais un objectif méthodologique : la Renamo n’a presque jamais été étudiée sur la base de documents non publiés écrits par elle-même. Certainement, il y eut des études – peu nombreuses, y compris les miennes – qui ont utilisé quelques rares circulaires du mouvement, quelques entrevues de dirigeants et d’anciens combattants, mais la documentation relative à la Renamo fut, jusqu’à aujourd’hui et de manière écrasante, produite par ce que j’appelle le « monde social du Frelimo » – c’est-à-dire non seulement le Frelimo comme parti, mais son État9, les populations contrôlées et toute la sphère intellectuelle mozambicaine et étrangère sympa­thisante, à cette époque et jusqu’à aujourd’hui. Le chercheur, évidemment, doit toujours préserver sa distance critique face aux sources. Normalement, leur croisement aide beaucoup pour y parvenir, ce qui ne fut pas le cas ici. Cependant, j’étudie la guerre civile mozambicaine depuis plus de trente ans et j’espère avoir acquis une culture suffisante pour ne pas me laisser illusionner par quelque source que ce soit. Le croisement des sources fut toujours présent dans mon esprit, mais j’ai poursuivi parce que j’ai voulu provoquer une inversion – étudier la Renamo sur la base de documents produits par elle.

Ceci allait avoir une conséquence et une limitation importantes : le livre que je préparais (Cahen 2019a10) n’allait pas être une histoire de la Renamo, encore moins une histoire sociale de la guerre civile, qui restent à faire et qui imposeront un projet collectif, international et pluriannuel de recherche. J’espère un jour pouvoir faire partie d’un tel projet. Devais-je alors attendre des années, donnant la priorité à ce projet de long terme ? Comme on dit, parfois le meilleur est l’ennemi du bien. Les sources utilisées ici entreront dans un tel projet (le « meilleur »), mais j’ai pensé utile de donner, dès avant, une contribution partielle (le « bien »).

Le livre a été publié en portugais fin 2019 (Cahen 2019a), il ne s’agit pas d’une étude globale de la Renamo à l’époque de l’Accord de Nkomati mais d’une étude à partir d’une source spécifique, très riche. Le présent article, rédigé en français, donne ainsi à connaître quelques aspects de ce qui a été découvert.

Carte 1. Les régions militaires de la Renamo fin 1984, selon les données des Cadernos

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Cartographie : Valérie Alfaurt (Les Afriques dans le monde – CNRS), 2016.

Étant donné la grande spécificité de la source, je me suis proposé au long de cette étude d’appréhender presque quotidiennement la Renamo non seulement comme groupe militaire qui obéirait uniquement à un pouvoir étranger, mais aussi comme organisation capable de définir des objectifs stratégiques et politiques. Cela signifia « politiser » la Renamo, même si le facteur militaire restait dominant. Dans les dix-sept chapitres du livre (Cahen 2019a), j’ai eu la possibilité de mettre en évidence la géographie militaire de la Renamo à l’échelle du pays (voir la carte 1) et la particularité de la stratégie militaire de cette dernière dans le contexte de 1983-1985, à savoir sa poussée vers le nord, jusqu’au Niassa et au Cabo Delgado.

J’ai analysé la façon dont cette stratégie a été présentée et expliquée par la Renamo aux populations, c’est-à-dire la capacité de cette armée de guérilla d’exprimer une orientation politique. La documentation a permis de comprendre le conflit comme une guerre pour le contrôle de la population ainsi que le rapport de la Renamo à la population, tant la fraction qui vivait sous son contrôle que celle contrôlée par l’ennemi, et la vision de la Renamo relative à l’attitude du Frelimo envers « sa » fraction de la population. Il a été possible d’étudier les aspects les plus directement militaires : la bataille pour l’alimentation, l’organisation et la vie militaire (les recrutements, la discipline, les désertions, l’entraînement, l’ultra-centralisation), la nature des combats (leur durée, les défaites, la guerre semi-conventionnelle, les journaux de bord de la vie militaire, les pertes), les ravitaillements et la gestion de l’armement. Il a été possible d’ébaucher l’économie politique de la Renamo par le biais de la centralisation des biens matériels et de la répression du marché noir. Quelques éléments présentaient la problématique urbaine de la Renamo – une organisation majoritairement rurale, mais qui avait aussi des objectifs urbains – et les aspects sociaux : la scolarisation et la santé dans les zones Renamo, et la question des relations sexuelles au sein de la guérilla et entre ses soldats et la population. Tout ceci m’a permis d’élaborer le profil contextuel de la Renamo dans les années 1983-1985 et de chercher à penser cette guérilla comme un cas spécifique et plébéien au sein de la typologie des guérillas dans le capitalisme tardif.

Comme je l’ai déjà dit, j’espère que cet ensemble de « Cadernos de Gorongosa » auquel j’ai eu accès pourra à moyen terme être en ligne. En attendant, on ne pourra ici qu’observer quelques exemples illustrant certaines des caractéristiques du groupe rebelle.

* * *

À l’approche de l’Accord de Nkomati, pendant et juste après les négociations indirectes entre le gouvernement mozambicain et la Renamo (fin 1984), la grande préoccupation stratégique de cette dernière fut de s’étendre à tout le territoire pour améliorer le rapport de force, et en particulier atteindre les régions du nord du pays qui avaient été les bastions du Frelimo durant la lutte anti-coloniale. Ainsi, Dhlakama donna ordre au secteur n° 1 de la région Búfalo11 d’atteindre coûte que coûte Mueda, lieu symbolique du début de la résistance anticoloniale. Le groupe obéit et atteignit Mueda le 14 octobre 1984, mais probablement fut rapidement écrasé. Dhlakama, inquiet, écrivit au général de la 2e Zone Norte, António Pedro (document 312) :

Document 3. Le dernier message sur Mueda

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Source : CG8/message 272.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/4f4a4ea9.

Transcription

9/11/84. Do C[omandante] em CH[efe] Supremo das f[orças] da R[esistência] N[acional] [de] M[oçambique] para C[omandante] General António Pedro em resposta da sua msg [mensagem] n° 1/11/84
2°) Tambem deves procurar sobre o que se passa em Cabo Delgado porque desde que acompanhei a ofensiva no distrito de Moeda [Mueda] até hoje não tenho notícias de lá. 3°) deves organizar forças em todos sectores [...]

Traduction

9/11/84. Du C[ommandant] en CH[ef] Suprême des f[orces] de la R[ésistance] N[ationale] [du] M[ozambique] pour C[ommandant] Général António Pedro en réponse à son msg [message] n° 1/11/84
2°) Tu dois également chercher à savoir ce qui se passe au Cabo Delgado parce que depuis que j’ai accompagné l’offensive dans le district de Moeda [Mueda] jusqu’à aujourd’hui je n’ai pas de nouvelles de là 3°) Tu dois organiser [nos] forces dans tous [les] secteurs [...]

Globalement, l’expansion vers le nord du pays (provinces de Zambézie, Nampula, Cabo Delgado et Niassa) fut un succès, mais la Renamo ne réussit pas à s’implanter dans les aires peuplées par les Macondes, qui restèrent fidèles au Frelimo, d’autant plus qu’il y avait eu un clair manque de travail politique préalable à l’action militaire. Cependant, la Renamo, armée de guérilla, multipliait en cette période les activités d’explication politique auprès de la population. Un axe prioritaire était l’attaque des villages communaux dont la constitution avait provoqué un grand mécontentement dans la population paysanne. En effet, ces « envillagements » constituaient une rupture culturelle, cultuelle, économique et agronomique avec le mode de vie traditionnel de production semi-itinérante en habitat dispersé. De plus, leur constitution se fit sans gain social, au contraire (épuisement rapide des terres, etc.). L’objectif de la Renamo était donc de « libérer » les populations et, en général, ces villages étaient des cibles faciles, peu défendues par des milices mal armées et peu soutenues par les habitants eux-mêmes qui profitaient de l’attaque pour fuir et retourner à l’habitat traditionnel, près des lieux où demeuraient les esprits de leurs ancêtres. Très souvent, ces populations se mettaient à soutenir la Renamo. Cet axe fut si intense que, parfois, les Cadernos ne sont rien de plus qu’une longue litanie de destructions de villages, comme on peut le voir, pour les derniers jours d’août 1984, dans le document 4.

Document 4 [a, b, c]. Destruction de villages communaux dans le Nord

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Source : CG7/message 51.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/b2c78e38.

Transcription

7.9.84. Do G[rupo] C[oordenador] Norte para C[omandante] Zacarias Pedro. Mensagem n° 45-8-84 (3.8.84/16.25HRS)
[...]
5°) Em 27.8.84, nossas forças atacaram por artilharia o distrito [sic: a sede do distrito] de Alto-Molocue, queimaram 19 casas a poucos kms e destruiram uma escola secundária de Nipaia tendo assaltado diversos artigos civis.
6°) 23.8.84, nossas forças da região Leopardo destruiram aldeia na zona de Mojope-Nacala tendo capturado 1 arma hungria e equipamento militar.
7°) Em 24.8.84, nossas forças destruiram uma aldeia na zona Metava localidade de Napalavi-Nacala tendo libertado populações.
8°) Em 24.8.84, nossas forças destruiram aldeia comunal de Majope-Nacala tendo executado 2 membros do grupo dinamizador e libertaram populações.
9°) Em 24.8.84, atacaram por artilharia sede distrital de Nacala-Velha.
10°) Em 14.8.84, nossas forças destruiram aldeia na area de Borone zona de Malucape localidade sede distrital de Morrupa tendo morto 1 F.P.L.M. desarmado que estava de ferias.
11°) Em 27.8.84, nossos mudjibas do 3° sector região leopardo queimaram aldeia de Namatite zona de Chure-Nacala Velha tendo libertado populações.
12°) Em 29.8.84, nossos mudjibas do 3° sector região leopardo destruiram uma loja de Cooperativa na zona de Vota localidade de Itoculo Distrito de Monapo tendo capturado 29 munições de Hungria
13°) Em 20.8.84, nossas forças da região Tigre executaram 9 agentes do inimigo dos quais 3 eram secretários do grupo dinalizador, 2 milicias, 3 O.M.M. e 1 F.P.L.M. que estava de ferias. Isto foi na zona da localidade na Nipepe-Maua, no mesmo dia queimaram aldeia da localidade de Nipepe tendo assaltado artigos civis e medicamento.
14°) Em 25.8.84, nossas forças da região Tigre atacaram por artilharia a posição inimiga de entre-lagos [sic: Entre-Lagos].
15°) Em 25.8.84, nossas forças queimaram 19 carros a poucos kms de Mecanhelas.
16°) Em 24.8.84, nossas forças da região Búfalo destruiram aldeia na zona de Maua-Montepuez e libertaram populações.
17°) Em 20.8.84, nossas forças da região Búfalo emboscaram o inímigo na estrada de Namapa a Mucacate onde tivemos um feridos grave c[omandante] da zona.
A luta continua, 31.8.84

Traduction

7.8.84 Du G[roupe] C[oordinateur] Nord pour C[omandant] Zacarias Pedro. Message n° 45-8-84 (3.8.84/16.25h)
[...]
5°) Le 27.8.94, nos forces ont attaqué à l’artillerie le [chef-lieu de] district de Alto-Molocue, ont brûlé 19 maisons à peu de kms et ont détruit un collège d’enseignement secondaire à Nipaia, ayant dérobé divers articles civils.
6°) 23.8.84, nos forces de la région Léopard ont détruit un village dans la zone de Mojope-Nacala, ayant capturé 1 arme hongroise et de l’équipement militaire.
7°) Le 24.8.84, nos forces ont détruit un village dans la zone Metava localité de Napalavi-Nacala ayant libéré des populations.
8°) Le 24.8.84, nos forces ont détruit le village communal de Majope-Nacala et exécuté 2 membres du groupe dynamiseur et libéré des populations.
9°) Le 24.8.84, elles ont attaqué à l’artillerie le chef-lieu de district de Nacala-Velha.
10°) Le 14.8.94, nos forces ont détruit un village dans l’aire de Borone zone de Malucape localité du chef-lieu de district de Morrupa ayant tué 1 F.P.L.M. désarmé qui était en vacances.
11°) Le 27.8.84, nos mudjibas [i.e. miliciens] du 3e secteur région léopard ont brûlé le village de Namatite zone de Chure-Nacala Velha ayant libéré des populations.
12°) Le 29.8.84, nos mudjibas du 3e secteur région léopard ont détruit une boutique coopérative dans la zone de Vota localité de Itoculo District de Monapo, ayant capturé 20 munitions hongroises.
13°) Le 20.8.84, nos forces de la région Tigre ont exécuté 9 agents de l’ennemi dont 3 étaient secrétaires du groupe dynamiseur, 2 miliciens, 3 O.M.M. et 1 F.P.L.M. qui était en vacances. Ce fut dans la zone de la localité Nipepe-Maua, le même jour elles ont brûlé le village de la localité de Nipepe ayant dérobé des articles civils et [des] médicament[s].
14°) Le 25.8.84, nos forces de la région Tigre ont attaqué à l’artillerie la position ennemie de Enetre-Lagos [sic : Entre-Lagos].
15°) Le 25.8.94, nos forces ont brûlé 19 voitures à peu de kms de Mecanhelas.
16°) Le 24.8.84, nos forces de la région Búfalo ont détruit le village de la zone de Maua-Montepuez et ont libéré des populations.
17°) Le 20.8.84, nos forces de la région Búfalo ont pris l’ennemi en embuscade sur la route de Namapa à Mucacate où nous avons eu un blessé grave c[ommandant] de la zone.
La lutte continue, 31.8.84

Ainsi, peu à peu, la Renamo constituait « sa population », avec une vie autarcique complètement séparée de celle de la population restée dans la sphère de l’État, dite la « population ennemie ». Évidemment, la population de la Renamo (« notre population ») était la « population ennemie » pour l’armée du Frelimo et les deux camps attaquaient la population de l’autre, partageant un concept de guerre ancienne dans lequel on ne tue pas seulement les soldats, mais les habitants.

Mais pour survivre, la Renamo se devait d’établir des relations stabilisées avec « sa population », la protéger et la respecter. On comprend ainsi l’interdiction toujours répétée aux soldats d’avoir des relations sexuelles avec la population de leur camp et de lui voler des biens alimentaires. Quand ceci arrivait, la répression par bastonnade (chamboco13) était faite devant la population, comme on peut le voir dans l’extrait suivant d’une inspection dans le district de Maringué (document 5).

Document 5. Bastonner des soldats en présence de la population

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Source: CG1/message 109.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/19f69238.

Transcription

[...] I°. reunimos na zona de Pango onde também não [estão?] queixas sobre os nossos soldados. Problemas sociais são aqueles sitadas [sic] nas de Ndoro. 2°. Reunimos na zona de thoé [sic: Thoé] nesta [z]ona constatamos também o mesmo problema de Ndoro, sobre os nossos soldados que ficam nos centros. Tomamos a mesma decisão que tomamos em Ndoro, de Chamboquear na presença da população.

Traduction

[...] 1°. Nous avons organisé une réunion dans la zone de Pango où il y a aussi des plaintes à propos de nos soldats. Les mêmes problèmes sociaux que ceux cités [rencontrés] à Ndsoro. 2°. Nous avons fait une réunion dans la zone de thoé [sic : Thoé] et là aussi nous avons constaté le même problème qu’à Ndoro, sur nos soldats cantonnés. Nous avons pris la même décision qu’à Ndoro, de bastonner en présence de la population.

Le même respect ne concernait pas la « population ennemie » que l’on devait rapter et éventuellement violenter en zones gouvernementales. Le comportement du pouvoir était identique. Chaque fois qu’une aire de la Renamo était affaiblie, les FPLM14 y entraient pour « récupérer » les populations, les traîner de force dans les villages communaux et, si cela ne suffisait pas, empoisonnaient les puits, incendiaient les maisons et massacraient (en particulier les hommes), comme l’illustre le document 6.

Document 6. FPLM : brûler et voler la population de la Renamo

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Source : CG8/message 199.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/d3ff5315.

Transcription

Do C[omandante] reg[ional] Afonso Pande para D[epartamento da] D[efesa]. 10/11/84. Mensagem n° 35/11/84.
1°) Passo comunicar que hoje dia 10/11/84 recebemos as informações de que os FPLMs estão movimentar muito nas zonas de Bandinho, Catemba, Chendingue, Cantina e Buize a queimar casas das populações e roubar alimentação. Essas zonas ficam no leste daqui base reg[ional] Tigre são 29 kms, e essas zonas estão perto do caminho de ferro sena a caia [sic: Sena a Caia] e com essa informação já mandamos um grupo de 10 soldados que vai juntar com os 10 soldados que estão em Chuva para se completar vinte soldados dirigidos pelo c[omandante]/do grupo Mateus Semente, a fim [sic] de ir patrulhar nessas zonas.
NB: nessas zonas que estão movimentar o inimigo já não tem população eles estão a fugir para zonas afastadas.
A luta continua 10/11/84

Traduction

Du C[ommandant] rég[ional] Afonso Pande pour D[épartement de la] D[éfense. 10/11/84. Message n° 35/11/84.
1°) Je communique qu’aujourd’hui 10/11/84 nous avons reçu les informations de ce que les FPLM sont en mouvement intense dans les zones de Bandinho, Catemba, Chendingue, Cantina et Buize, à brûler les maisons des populations et à voler des aliments. Ces zones sont à l’est d’ici base rég[ionale] Tigre, à 29 km, et ces zones sont près du chemin de fer Sena-Caia et suite à cette information nous avons déjà envoyé un groupe de 10 soldats qui vont rejoindre les 10 soldats qui sont à Chuva pour avoir un groupe de vingt soldats dirigés par le c[ommandant] Mateus Semente, afin de patrouiller dans ces zones.
NB: dans ces zones que l’ennemi se déplacent [sic] il n’y a plus de population ils fuient pour des zones éloignées.
La lutte continue 10/11/84

La Renamo affaiblissait parfois d’elle-même ses zones par une stratégie simplement militaire. C’est ce qui arriva avec le secteur n° 1 de la région Búfalo de la Zone Nord, celui-là même qui devait recevoir l’ordre d’atteindre Mueda. Le 8 octobre 1984, le groupe coordinateur Nord alerta l’état-major général que

Le 2/10/84 dans la région Búfalo, 257 éléments des populations de la zone de Metete, district de Montepuez, zone où était fixée la base du secteur n° 1, ont abandonné cette zone pour celle de Muico, localité de Meloco, zone qui est actuellement sous le contrôle de la base régionale Búfalo [...] Cette population a abandonné la base parce que l’ennemi massacrait sans discrimination les populations sans défense sous prétexte qu’elles marchaient [avec] les forces de la Renamo. [...] Le 1er secteur a abandonné cette zone pour fixer sa base [provisoire] dans le district de Meluco au nord de Montepuez, et dès aujourd’hui il a repris son mouvement vers le district de Mueda15.

Le message souligne une fois de plus la primauté de la raison militaire : la direction de la Renamo n’a pas hésité à ordonner le déplacement de ce secteur pour le Nord, pour atteindre Mueda, laissant ainsi les populations qui l’avaient appuyée à Metete sans défense face à l’ire et la vengeance des FPLM. La population n’eut pas d’autre choix que de se rapprocher de la base régionale Búfalo, près de Muico, pour se protéger de la troupe gouvernementale.

Vu du côté de la Renamo, les « agents de l’ennemi » devaient être exécutés. Mais qui étaient ces « agents » ? La limite entre « éléments de l’ennemi » et « éléments de la population » n’était pas toujours nette. Des militaires, policiers, miliciens, des responsables civils de l’État (comme les présidents de villages communaux ou les secrétaires des « Groupes dynamiseurs »16), du parti Frelimo et de ses « organisations démocratiques de masse » (Organisation des femmes mozambicaines, Organisation de la jeunesse mozambicaine, etc.) étaient des agents. Selon le concept ancien de la guerre mentionné supra, les « agents » étaient exécutés avec leurs familles (vieillards, femmes, enfants). Mais bien des fois sont décrites comme « agents » des personnes dont il semble qu’elles se trouvèrent au mauvais endroit au mauvais moment. Ce mauvais endroit pouvait être tout lieu ayant un rapport réel ou symbolique avec l’État moderne. Ainsi, circuler en voiture (même civile, pour ne point parler d’une colonne escortée par des véhicules militaires) sur une route goudronnée entre deux villes était considéré comme relevant socialement de l’ennemi : cette population en mouvement avait clairement choisi de vivre dans la sphère de l’État moderne. Ainsi on peut expliquer que, dans les Cadernos, les massacres de civils en voiture sont revendiqués comme des actes banals de la guerre, comme en témoigne le document 7.

Document 7. Le massacre de l’autocar Nampula-Nacala

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Source : CG7/message 48.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/3b66926c.

Transcription

7.9.84. Do G[rupo] C[oordenador Norte para C[omandante]/Zacarias Pedro. Mensagem n° 3.9.84 (6.9.84/16.07 HRS).
1°) Informamos ao C[omandante]/ Zacarias de que em 1.9.84 um grupo das nossas forças do 3° sector da região leopardo composto por 30 soldados emboscaram uma coluna inimiga que vinha de Nampula a Nacala tendo morte um tenete [sic: tenente] das F.P.L.Ms.
2°) Não tivemos morto nem ferido, nem perca de material.
3°) Queimaram 2 carros ligeiros, 1 camião e um Machimbombo.
4°) Toda a população que se encontrava no Machimbombo [morreu] e o inimigo solicitou a Nampula um Caterpilhar [sic] para anterrar [sic] essas populações que morreram dentro do Machibombo.
5°) Capturamos 1 arma AK-47, 3 pistolas automáticos e equipamento militar.
A luta continua, 3.9.84

Traduction

7.9.84. Du G[roupe] C[oordinateur] Nord pour le C[ommandant]/Zacarias Pedro. Message n° 3.9.84 (6.9.84/16.07h).
1°) Nous informons le C[ommandant]/Zacarias que le 1.9.84 un groupe de nos forces du 3e secteur de la région Léopard composé de 30 soldats ont [sic] monté une embuscade à une colonne ennemie qui venait de Nampula pour Nacala ayant tué un lieutenant des FPLMs.
2°) Nous n’avons pas eu de mort ni de blessé, ni perte de matériel.
3°) Ils ont brûlé 2 voitures légères, 1 camion et un autocar.
4°) Toute la population qui se trouvait dans l’autocar [est morte] et l’ennemi a demandé à Nampula un Caterpilhar [sic] pour anterrer [sic] ces populations qui sont mortes à l’intérieur de l’autocar.
5°) Nous avons capturé une arme AK-47, 3 pistolets automatiques et de l’équipement militaire.
La lutte continue, 3.9.84

Contrairement à ce qui fut dit dans la littérature sympathisante du Frelimo, ce degré de violence ne peut être interprété comme relevant d’un supposé caractère mercenaire de la Renamo « au service de l’apartheid ». L’apartheid n’est pas présent dans la vie quotidienne des guérilleros : il s’agit d’une haine historiquement produite. Quand un guérillero de la Renamo brûlait une voiture civile sur une route liant une ville à une autre ville, il était peu probable qu’il tuât des gens qu’il pouvait connaître mais il considérait que ces personnes faisaient partie d’un autre monde, qu’il haïssait. Lui, ses parents et leurs communautés avaient été marginalisés ou expulsés de la sphère de l’État moderne, parfois depuis l’époque coloniale, et étaient demeurés dans la même marginalité pendant la période de l’indépendance.

Les cahiers ne cachaient pas les difficultés et relataient jusqu’aux défaites de la Renamo face aux contre-offensives du gouvernement. La guerre était particulièrement difficile dans les régions sud du pays (en dépit de la proximité de la frontière sud-africaine). La Renamo devait s’adapter, comme on peut le voir dans ce message d’alarme du commandant-en-chef au général Vareia, coordinateur de la 2e Zone Sud, localisé dans la région Gato, du 16 décembre 1984 (en dépit de la mauvaise qualité graphique, j’ai choisi cet exemple qui m’a semblé important – document 8) :

Document 8. Nous sommes en train de perdre la guerre à Inhambane et Gaza

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Source: CG2/message 332.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/c8594f0d.

Transcription

8/12/84. Do C[omandante] em Chefe suprêma das forças armadas da Renamo para Senhor G[eneral] Vareia Chimuazo. Mensagem n° 4/12/84.
1°) Comunico-lhe que stamos perder a guerra em Inhambane e Gaza porque o inimigo está conseguir destruir nossas bases em todos distritos sem hesitação.
2°) General Vareia, deves avisar todos setores e zonas para não terem bases fixas, mas bases móveis isto é como medida de segurança porque o inimigo sempre ataca as bases fixes mas se a base forem moveis ira dificultar o inimigo lança[r] seus ataques, todos bases de 3 em 3 meses [devem] ser mudadas.
3°) As forças armadas da Renamo das províncias de Inhambane Gaza não estão a fazer quase nada só estando a receber notícias diariamente de ataques das nossas bases e muito material está ser capturado pelo inimigo.
4°) C[omandante]/G[eneral] Vareia deves ter muito cuidado com esta situação porque é muito perigosa. Avisas todos para não ficarem com muito material da guerra nas suas bases.
5°) C/Vareia, os combatentes como não estão a fazer quase nada não devem gastar munições cada combatente deve disparar meio carregador por cada combatente [sic: combate].
6°) O nosso material da guerra deve aguentar todo o ano 1985 até princípios de 1986 porque não estão fazer quase nada.
7°) Deves mandar operar em pequenos grupos nos arredores de Vilanculos, Massinga, Morrumbene, Panda, Quissico e Inhambane capital é para obrigar forças inimigas estarem a defender suas vilas e cidades e não terá oportunidade de combater nossas forças.
A luta continua, 16/12/84

Traduction

8/12/84. Du C[ommandant] en Chef suprême des forces armées de la Renamo au Senhor G[énéral] Vareia Chimuazo. Message n° 4/12/84.
1°) Je vous communique que nous sommes en train de perdre la guerre [dans les provinces d’] Inhambane et Gaza parce que l’ennemi réussit à détruire nos bases dans tous les districts sans hésitation.
2°) Général Vareia, tu dois aviser tous les secteurs et zones de ne pas avoir de base fixe, mais [seulement] des bases mobiles, ceci comme mesure de sécurité parce que l’ennemi attaque toujours les bases fixes mais si les bases sont mobiles il lui sera plus difficile de lance[r] ses attaques, toutes les bases doivent être changées de 3 en 3 mois.
3°) Les forces armées de la Renamo des provinces d’Inhambane et de Gaza ne font presque rien sauf que je reçois quotidiennement des nouvelles d’attaques à nos bases et beaucoup de matériel est capturé par l’ennemi.
4°) C[ommandant]/G[énéral] Vareia tu dois faire très attention à cette situation parce qu’elle est très dangereuse. Avise tout le monde de ne pas garder beaucoup de matériel de guerre dans leurs basesa.
5°) C/Vareia, les combattants comme ils ne font presque rien ne doivent pas dépenser de munitions chaque combattant doit tirer un demi-chargeur pour chaque combattant [sic: combat].
6°) Notre matériel de guerre doit suffire pour toute l’année 1985 et jusqu’au début de 1986 puisque vous ne faites presque rien.
7°) Tu dois envoyer de petits groupes opérer aux alentours de Vilanculos, Massinga, Morrumbene, Panda, Quissico et la capitale [provinciale] Inhambane c’est pour obliger les forces ennemies à rester défendre les bourgs et les villes et elle n’aura [sic] ainsi pas l’opportunité de combattre nos forces.
La lutte continue, 16/12/84

a. Ceci veut dire que la majeure partie du matériel devait rester dans des cachettes extérieures aux bases.

En dépit de ces erreurs (le maintien de grandes bases peu mobiles, l’absence de contre-offensives), le général Vareia fut maintenu dans sa position17. Cependant, il est plus que probable qu’on n’avait pas affaire ici à un problème uniquement militaire : quand une base de la Renamo était située dans une zone assez peuplée et favorable, tout mouvement d’approche de la troupe gouvernementale était immédiatement dénoncé par les mudjibas (miliciens) ou par la population et les guérilleros pouvaient évacuer la base ou, au contraire, se porter à la rencontre des forces gouvernementales pour monter une embuscade. L’apparente facilité des FPLM à attaquer les bases de la Renamo dans les provinces de Gaza et d’Inhambane pouvait avoir trois causes : la faible densité de population (sauf sur la côte), un faible appui populaire excepté dans quelques poches et, enfin, des erreurs tactiques du général Vareia. Mais il est intéressant de constater que les orientations transmises par A. Dhlakama étaient uniquement militaires : ne furent jamais abordées l’inten­sification du travail politique, l’interdiction de voler le bétail de la population, etc.

Il est par ailleurs intéressant de voir comment la documentation de la Renamo présente ce qui est appelé « le problème des femmes », en réalité un problème d’hommes. De nombreux messages parlent de l’existence de relations sexuelles entre soldats et femmes ou « éléments de la population », ce qui était en principe rigoureusement interdit. Afonso Dhlakama en arriva à déclarer : « Tout soldat [de la Base] de Catandica qui sort et conquiert des femmes ou filles des populations est tué c’est-à-dire exécuté là dans la population où il a fait du grabuge18. » Les messages, en général, ne contenaient pas de menaces de mort pour relations sexuelles mais elles étaient néanmoins interdites. La question spécifique des viols est présente dans quelques messages qui évoquent ce qui ne peut être que des viols en groupe et des actes de guerre. Ainsi, du côté de la Renamo, le commandant de la région Rinoceronte informa le DDRNM que « le 18/10/84 dans le 2e secteur nous avons détenu un groupe de 5 soldats commandés par le C[ommandant] de groupe parachutiste Carlos Jaime [...] pour avoir pratiqué des relations sexuelles avec des éléments de la population durant l’opération » [souligné par moi] »19. Il n’y a pas de doute ici qu’il y a eu viol de guerre, mais on peut remarquer que les responsables ont été réprimés, pour le moins détenus, sans que l’on sache quelles furent les « orientations » ultérieures du DDRNM (bastonnade, exécution…).

Des viols du côté du Frelimo apparaissent aussi dans des messages comme celui-ci, de la région Gato de la Zone Nord (document 9).

Document 9. Viol par les FPLM

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Source : CG5/message 557.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/7b79dabc.

Transcription

O 1° Sector desta Reg[ião] informou que está na base uma mulher de nome Lidia Semo que foi violada pelas FPLM. Informa que 20 FPLM fizeram-lhe relações sexuais o que resultou o ferimento na parte do sexo da mulher[;] a mesma está de momento a receber tratamento tractado [sic] pelas nossas forças. Essa mulher recebeu relações sexuais em Tete [i.e. província de Tete].

Traduction

Le 1er Secteur de cette Région] a informé qu’il y a dans la base une femme de nom Lidia Semo qui a été violée par les FPLM. Il informe que 20 FPLM lui ont fait des relations sexuelles d’où il a résulté la blessure dans la partie du sexe de la femme [;] celle-ci reçoit en ce moment un traitement traité [sic] par nos forces. Cette femme a reçu des relations sexuelles [dans la province] de Tete.

Il y avait des cas d’officiers qui profitaient de leur pouvoir pour s’approprier les femmes des autres. Mais la simple présence de femmes au sein des bases était vue comme un facteur de rupture de la discipline. Le problème s’aiguisa au point que Dhlakama renonça à recruter plus de femmes en 1984.

Le Détachement féminin (DF) de la Renamo avait été créé en 1981. Les femmes étaient entraînées, mais je n’ai pas rencontré d’indices de leur participation directe au combat. L’histoire de ce DF reste à faire. À l’origine, probablement, il y eut la nécessité d’organiser la présence de diverses femmes au sein des bases, certaines avec des enfants, et la volonté d’une partie d’entre elles de combattre, ou tout du moins d’être officiellement reconnues. Il y avait aussi une évidente bataille de légitimité par analogie avec le Frelimo, qui avait eu son DF pendant la lutte de libération anticoloniale.

En 1984, Afonso Dhlakama avait lancé la directive de recruter plus de femmes et notamment de femmes éduquées. Mais il dut annuler ce plan, tout du moins dans le nord du pays et les raisons en apparaissent clairement dans les messages. Ainsi, écrivant aux généraux coordonnateurs du Nord, António Pedro et Henriques Samuel, en novembre 1984, Dhlakama leur donne l’ordre suivant :

Après avoir fait une étude d’analyse [sic] sur le problème des femmes [civiles] ou DF [c’est-à-dire des femmes militaires du DF], nous avons décidé de modifier cette idée de recruter plus de DF dans les provinces de Zambézia et de Nampula. Ainsi personne ne doit plus recruter davantage de DF jusqu’à ce qu’on étudie de nouveau le comportement de quelques cadres qui ont porté préjudice aux relations avec leurs subordonnés en raison des DF [souligné par moi]20.

Il insiste quelques jours plus tard (document 10).

Document 10 [a, b]. Arrêter le recrutement de femmes militaires

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Source : CG7/message 277.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/dbceaa79.

Transcription

11/11/84. Do C[omandante] em chefe Supremo das forças armadas da Renamo para C[omandante] general Henriques. Mensagem n° X/11/84.
1°) Aquelas 5 raparigas recrutadas no distrito de Maganja da Costa [na região Leão da Zona Norte] devem seguir até Gato e mais tarde seguirao até Sofala.
2°) Já não devem recrutar mais é para[r] com recrutamento de raparigas
3°) O cancelamento de recrutamento de DFs é para evitar problemas principalmente ai no norte porque verificaram muitos problemas entre comandos.

Traduction

11/11/84. Du C[ommandant] en chef suprême des forces armées de la Renamo pour C[ommandant] général Henriques. Message n° X/11/84.
1°) Ces 5 filles recrutées dans le district de Maganja da Costa [dans la région Leão de la Zone Nord] doivent continuer jusqu’à [la région] Gato et plus tard iront jusqu’à Sofala [où se trouve le QG].
2°) Vous ne devez plus recruter davantage il faut arrêter avec le recrutement des filles
3°) L’annulation du recrutement de DF [femmes militaires] est pour éviter des problèmes principalement là dans le nord parce qu’on a constaté de nombreux problèmes dans les commandements.

Visiblement, l’arrivée de combattantes avait perturbé le commandement masculin, non tant parce que l’autorité masculine aurait été contestée (il n’y avait pas de femmes générales ou commandantes sectorielles), mais parce qu’il y avait eu des disputes entre les hommes pour l’appropriation des femmes incorporées. La présence des femmes apparaissait comme antagonique à la discipline, sauf quand elles étaient organisées tout à fait séparément, en véritables détachements féminins.

* * *

De nombreux autres aspects auraient pu être évoqués et il est difficile de proposer une conclusion à cet article21, puisque son objectif était principalement de présenter un type de sources auxquelles j’ai eu accès, par la publication de quelques extraits des Cadernos da Gorongosa, de les mettre en contexte et d’en expliquer la teneur, et enfin de faire valoir leur potentiel pour l’étude de la Renamo au milieu des années 1980. Il est rare de pouvoir étudier une guérilla sur la base de ce type d’archive. Ce fut une chance pour moi d’avoir eu accès à une partie des Cadernos, d’autant plus que la Renamo n’a jamais eu un système bien organisé d’archives comme le Frelimo en eut22, pour des raisons évidentes liées aux conditions difficiles d’une guerre de guérilla, faite de succès et de défaites23.

Allons-nous découvrir un jour le lot restant des Cadernos de 1983-1985 ? La Renamo, aujourd’hui parti légal, va-t-elle déposer ses autres documents et vidéos24 post-1985 aux Archives historiques du Mozambique ? Il va sans dire que, dans le contexte actuel où l’État est toujours fusionné avec le parti dominant, c’est-à-dire le Frelimo, cela n’arrivera pas. Les archives ont toujours été un sujet politique, au grand désespoir de l’historien…

1 Documentos da Gorongosa (extractos) / (Extracts) Gorongosa Documents ([Maputo], [1985]), 108 folhas (216 p.), 2a ed. J’ai préféré maintenir le nom

2 Ce n’était pas la première fois que la Renamo perdait des « papiers ». Cela s’était produit en juin 1980, quand la base de Sitatonga avait été

3 Agreement on Non-Aggression and Good Neighbourliness between Mozambique and South Africa, 16 mars 1984. Voir : https://peacemaker.un.org/mozambique

4 SNASP : Serviço Nacional de Acção e Segurança Popular, Service national d’action et sécurité populaire, la redoutable police politique du régime du

5 Tout au moins, je ne discuterai pas cela ici. Afonso Dhlakama (divers entretiens avec l’auteur) a toujours affirmé que l’Afrique du Sud cessa

6 União Nacional para a Independência Total de Angola, Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola, mouvement anticolonial créé en 1965

7 SWAPO : South-West African People’s Organization, Organisation populaire du Sud-Ouest africain.

8 Ils ne sont pas encore en ligne, mais apparaissent bel et bien dans l’inventaire (au 10 novembre 2020) : http://www.ahsocial.ics.ulisboa.pt/atom/

9 Même le livre fameux, critique et pionnier de Christian Geffray (1990) fut fondé sur la documentation locale (Eráti, Nacaroa, Nampula) de l’armée

10 J’ai volontairement écrit ce livre en portugais afin de ne pas avoir à traduire les innombrables citations de messages de la Renamo écrits en un

11 À partir de la mi-1983, les régions militaires de la Renamo eurent comme désignations des noms d’animaux.

12 Le texte des messages de la Renamo a été reproduit sans aucun changement dans l’ouvrage en portugais. Dans la traduction en français, on a tenté

13 Chamboco comme substantif et chamboquear comme verbe sont des mots du portugais mozambicain dont l’étymologie, via l’afrikaans, remonte au bahasa

14 FPLM: Forças Populares de Libertação de Moçambique, Forces populaires de libération du Mozambique, armée gouvernementale. Très souvent, dans les

15 CG7/172, Do GCN para C/Z[acarias Pedro], 08/10/1984. Texte original (document non reproduit en image) : « Em 2/10/84 na região Búfalo 257

16 Les groupes dynamiseurs (GD) étaient en même temps des pré-cellules du parti et l’échelon de base de l’administration municipale. Il y avait aussi

17 Malgré le reproche adressé au général, A. Dhlakama savait bien le rôle plus que déterminant de ce dernier : Vareia avait été très important dans

18 Texte original (document non reproduit en image) : « … todos soldados de Catandica que aquele que sai fora e conquistar mulheres ou filhas das

19 Texte original (document non reproduit en image) : « Dia 18/10/84 no 2° sector detemos um grupo de 5 soldados comandados pelo C/ do grupo

20 Texte original (document non reproduit en image) : « Depois de termos feito o estudo de análise sobre o problema de mulheres ou DFs no seio do

21 Pour ces autres aspects et des considérations conclusives, je me permets de conseiller la lecture de mes autres textes écrits sur la base de la

22 Les archives du Frelimo ont pu être partiellement sauvegardées à l’Arquivo Histórico de Moçambique parce que, durant la guerre de libération

23 Voir supra la note 2 (sur la perte de « papiers »). Les documents de la Renamo sont toujours restés à l’intérieur du Mozambique (évidemment, il

24 Je sais qu’existe un stock de vidéos de la Renamo filmées pendant la guerre, qui n’ont jamais été numérisées et sont donc en grand danger de

Cahen, Michel. 2019a. “Não somos bandidos.” A vida diária de uma guerrilha de direita: a Renamo na época do Acordo de Nkomati (1983-1985). Lisbonne : Imprensa de Ciências Sociais. Présentation (couverture, table des matières et introduction) : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02473534.

Cahen, Michel. 2019b. « Les “Bandits armés” du Mozambique. De la légitimité dans une guérilla de droite ». 20 & 21. Revue d’histoire n° 141 (« Combattants irréguliers », sous la direction de Raphaëlle Branche et Julie Le Gac) : 128-141. https://doi.org/10.3917/vin.141.0128.

Cahen, Michel. 2018. « The War as Seen by Renamo. Guerrilla Politics and the ‘Move to the North’ at the Time of the Nkomati Accord (1983-1985) ». In The War Within. New Perspectives on the Civil War in Mozambique, 1976–1992, dirigé par Éric Morier-Genoud, Michel Cahen et Domingos do Rosario, 100-146. Martlesham (R.-U.) : James Currey/Boydell and Brewer. https://doi.org/10.1017/CBO9781787442931.005.

Geffray, Christian. 1990. La cause des armes au Mozambique. Anthropologie d’une guerre civile. Paris : Karthala-CREDU. https://doi.org/10.3917/kart.geffr.1990.01.

Nilsson, Anders. 2001. Paz na nossa época. Para uma compreensão holística de conflitos na sociedade mundial. Maputo : CEEI-ISRI ; Göteborg : PADRIGU.

1 Documentos da Gorongosa (extractos) / (Extracts) Gorongosa Documents ([Maputo], [1985]), 108 folhas (216 p.), 2a ed. J’ai préféré maintenir le nom Cadernos da Gorongosa parce qu’il est courant et pour le distinguer des extraits publiés par le gouvernement.

2 Ce n’était pas la première fois que la Renamo perdait des « papiers ». Cela s’était produit en juin 1980, quand la base de Sitatonga avait été prise d’assaut par les forces gouvernementales (Sitatonga fut la seconde base centrale de la Renamo dans l’intérieur du Mozambique, après la chute de la base de Satungira, dans le massif de Gorongosa, en 1979). De même, lors de la prise de la base de Garagua, le 4 décembre 1981, il y eut des documents récupérés, ensuite divulgués par le gouvernement, sous le nom de « Documents de Garagua ». Cf. Nilsson (2001 : 59).

3 Agreement on Non-Aggression and Good Neighbourliness between Mozambique and South Africa, 16 mars 1984. Voir : https://peacemaker.un.org/mozambique-southafrica-nkomati84 [archive].

4 SNASP : Serviço Nacional de Acção e Segurança Popular, Service national d’action et sécurité populaire, la redoutable police politique du régime du Frelimo.

5 Tout au moins, je ne discuterai pas cela ici. Afonso Dhlakama (divers entretiens avec l’auteur) a toujours affirmé que l’Afrique du Sud cessa définitivement son appui au mouvement après l’Accord de Nkomati.

6 União Nacional para a Independência Total de Angola, Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola, mouvement anticolonial créé en 1965 qui résista jusqu’en 2002, par la guerre civile et, jusqu’en 1991, avec l’appui sud-africain, au gouvernement du MPLA (Movimento Popular de Libertação de Angola, Mouvement populaire de libération de l’Angola), appuyé par les Cubains. L’Unita fut vaincue militairement, avec la mort en combat de son chef Jonas Savimbi, le 22 février 2002, dans la province de Moxico.

7 SWAPO : South-West African People’s Organization, Organisation populaire du Sud-Ouest africain.

8 Ils ne sont pas encore en ligne, mais apparaissent bel et bien dans l’inventaire (au 10 novembre 2020) : http://www.ahsocial.ics.ulisboa.pt/atom/cadernos-da-gorongosa [archive].

9 Même le livre fameux, critique et pionnier de Christian Geffray (1990) fut fondé sur la documentation locale (Eráti, Nacaroa, Nampula) de l’armée et des services secrets de l’État du Frelimo.

10 J’ai volontairement écrit ce livre en portugais afin de ne pas avoir à traduire les innombrables citations de messages de la Renamo écrits en un portugais mozambicain de brousse. Mais j’ai publié, sur la base du même matériau, un chapitre de livre en anglais et un article en français, outre le présent article (Cahen 2019b ; 2018).

11 À partir de la mi-1983, les régions militaires de la Renamo eurent comme désignations des noms d’animaux.

12 Le texte des messages de la Renamo a été reproduit sans aucun changement dans l’ouvrage en portugais. Dans la traduction en français, on a tenté de transcrire les mêmes expressions. La numérotation des Cadernos de Gorongosa (CG), de même que celle des messages, sont celles du dépôt à l’Archive d’histoire sociale de l’Institut des sciences sociales de l’Université de Lisbonne et ne figuraient pas dans les Cadernos originaux.

13 Chamboco comme substantif et chamboquear comme verbe sont des mots du portugais mozambicain dont l’étymologie, via l’afrikaans, remonte au bahasa malaio-indonésien (sjambok est le bambou, le bâton avec lequel on frappe).

14 FPLM: Forças Populares de Libertação de Moçambique, Forces populaires de libération du Mozambique, armée gouvernementale. Très souvent, dans les Cadernos, ce sigle ne désigne pas l’institution militaire, mais ses soldats individuellement : ainsi, « deux FPLMs » veut dire « deux soldats des FPLM ».

15 CG7/172, Do GCN para C/Z[acarias Pedro], 08/10/1984. Texte original (document non reproduit en image) : « Em 2/10/84 na região Búfalo 257 elementos da populações da zona de Metete, distrito de Montepuez, zona onde estava fixado a base do 1° sector abandonaram a referida zona para zona de Muico, localidade de Meloco, zona que actualmente está sob controlo da base regional Búfalo [...] Essa população abandonou a base em virtude do inimigo estar a massacrar indiscriminadamente a populações indefesa [sic] apretento [pretendendo] deque andavam [com] as forças da Renamo. [...] O 1° sector abandonou essa zona para fixar base [provisória] no distrito de Meluco no norte de Montepuez, ainda hoje entrou em movimento para Distrito de Mueda. »

16 Les groupes dynamiseurs (GD) étaient en même temps des pré-cellules du parti et l’échelon de base de l’administration municipale. Il y avait aussi des GD dans les entreprises.

17 Malgré le reproche adressé au général, A. Dhlakama savait bien le rôle plus que déterminant de ce dernier : Vareia avait été très important dans la résistance à l’offensive gouvernementale contre la base centrale de Sitatonga en juin 1980 et, ensuite, dans l’ouverture des fronts de la Renamo dans le Sud, traversant le rio Save avec 300 guérilleros le 4 juillet 1981. Voir : « General Vareia da Renamo (1953-2009) ». 2009. Zambeze (Maputo), 5 mars.

18 Texte original (document non reproduit en image) : « … todos soldados de Catandica que aquele que sai fora e conquistar mulheres ou filhas das populações é morto isto é executado lá na população onde fez problema. » CG8/380, Do C/em CH/Supremo das Forças Armadas da Renamo para C/Se[ctorial] Pedro Chuva, 1/12/84.

19 Texte original (document non reproduit en image) : « Dia 18/10/84 no 2° sector detemos um grupo de 5 soldados comandados pelo C/ do grupo paraquedista Carlos Jaime [...] por terem praticado relações sexuais com elementos da população durante a operação. » CG6/54, Do C/Região Rinoceronte para DDRNM, 23/10/84.

20 Texte original (document non reproduit en image) : « Depois de termos feito o estudo de análise sobre o problema de mulheres ou DFs no seio do Comando da Renamo, decidimos alterar aquela ideia de recrutarem mais DFs para províncias Zambézia e Nampula. Pelo que ninguém deve recrutar mais DFs até que se estude de novo o comportamento de alguns quadros que têm prejudicado relações com seus subordinadas devido DFs. » CG7/263, Do C/ em Chefe Supremo das F[orças] Armadas da Renamo para os C/ Generais António Pedro e Henriques Samuel, 5/11/84.

21 Pour ces autres aspects et des considérations conclusives, je me permets de conseiller la lecture de mes autres textes écrits sur la base de la même documentation.

22 Les archives du Frelimo ont pu être partiellement sauvegardées à l’Arquivo Histórico de Moçambique parce que, durant la guerre de libération anticoloniale, elles étaient à Dar es Salaam et non à l’intérieur du Mozambique.

23 Voir supra la note 2 (sur la perte de « papiers »). Les documents de la Renamo sont toujours restés à l’intérieur du Mozambique (évidemment, il doit y avoir des documents relatifs à la Renamo, mais non nécessairement de la Renamo, dans les archives sud-africaines).

24 Je sais qu’existe un stock de vidéos de la Renamo filmées pendant la guerre, qui n’ont jamais été numérisées et sont donc en grand danger de destruction par simple démagnétisation au cours des années.

Document 1. Couverture d’un des Cadernos

Document 1. Couverture d’un des Cadernos

Livro de registo para G[rupo] C[oordenador] Sul, assim como 2a Zona Sul começado em 15/11/84. [Livre de registre du G[roupe] C[oordinateur] Sud, ainsi que de la 2e Zone Sud, commencé le 15/11/84.]

Identifiant permanent : https://doi.org/11280/f5aa374e

Document 2. Exercice de décodage

Document 2. Exercice de décodage

Identifiant permanent : https://doi.org/11280/595a08db.

Carte 1. Les régions militaires de la Renamo fin 1984, selon les données des Cadernos

Carte 1. Les régions militaires de la Renamo fin 1984, selon les données des Cadernos

Cartographie : Valérie Alfaurt (Les Afriques dans le monde – CNRS), 2016.

Document 3. Le dernier message sur Mueda

Document 3. Le dernier message sur Mueda

Source : CG8/message 272.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/4f4a4ea9.

Document 4 [a, b, c]. Destruction de villages communaux dans le Nord

Document 4 [a, b, c]. Destruction de villages communaux dans le Nord

Source : CG7/message 51.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/b2c78e38.

Document 5. Bastonner des soldats en présence de la population

Document 5. Bastonner des soldats en présence de la population

Source: CG1/message 109.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/19f69238.

Document 6. FPLM : brûler et voler la population de la Renamo

Document 6. FPLM : brûler et voler la population de la Renamo

Source : CG8/message 199.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/d3ff5315.

Document 7. Le massacre de l’autocar Nampula-Nacala

Document 7. Le massacre de l’autocar Nampula-Nacala

Source : CG7/message 48.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/3b66926c.

Document 8. Nous sommes en train de perdre la guerre à Inhambane et Gaza

Document 8. Nous sommes en train de perdre la guerre à Inhambane et Gaza

Source: CG2/message 332.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/c8594f0d.

Document 9. Viol par les FPLM

Document 9. Viol par les FPLM

Source : CG5/message 557.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/7b79dabc.

Document 10 [a, b]. Arrêter le recrutement de femmes militaires

Document 10 [a, b]. Arrêter le recrutement de femmes militaires

Source : CG7/message 277.
Identifiant permanent : https://doi.org/11280/dbceaa79.

Michel Cahen

Les Afriques dans le monde – CNRS ; Casa de Velázquez, École des hautes études hispaniques et ibériques (Madrid).
http://orcid.org/0000-0001-7595-5280